En novembre 2025, l'Assurance Maladie – Risques professionnels a publié son rapport annuel 2024. Derrière la stabilité apparente des grands indicateurs, les chiffres racontent une autre histoire : celle d'accidents qui tuent plus, d'un nombre de maladies professionnelles qui repart à la hausse, et d'un coût qui atteint un niveau inédit pour la branche AT/MP.
Voici ce qu'il faut retenir.
Une baisse des accidents qui masque une hausse des décès
En 2024, 549 614 accidents du travail avec arrêt ont été recensés par la branche AT/MP, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2023. L'indice de fréquence s'établit à 26,4 accidents pour 1 000 salariés (Assurance Maladie, 2025).
Cette baisse globale cache un constat beaucoup plus inquiétant : 764 personnes sont mortes à la suite d'un accident du travail en 2024, cinq de plus qu'en 2023, qui était déjà une année record. En ajoutant les accidents de trajet mortels (318) et les décès liés à une maladie professionnelle (215), on atteint 1 297 décès liés au travail sur l'année (franceinfo, 2025 ; Basta!, 2026).
Il faut préciser une chose : ces données ne couvrent que le régime général. La fonction publique, les agriculteurs, les indépendants et les microentrepreneurs en sont exclus — le bilan réel est donc plus lourd.
Les secteurs les plus touchés
Les secteurs qui concentrent le plus de décès restent les mêmes année après année :
- Transports, énergie, BTP : le BTP pèse à lui seul environ 20 % des accidents mortels, avec les chutes de hauteur comme première cause
- Alimentation : +20 % de décès sur un an, notamment dans les abattoirs et les entrepôts
- Transport / énergie / communication : 178 décès, en hausse de 13 %
Les chutes de hauteur, la manutention manuelle et les écrasements demeurent les mécanismes qui tuent le plus hors malaises.
Un profil de victime qui interroge
Deux statistiques du rapport méritent d'être soulignées :
Plus de 20 % des décès surviennent pendant la première année d'activité sur le poste. Autrement dit, la période critique, c'est la prise de poste. C'est à ce moment précis que l'intégration sécurité, la formation aux risques et l'accompagnement managérial jouent leur rôle — ou non.
Les moins de 25 ans sont 2,5 fois plus exposés que la moyenne selon l'INRS, et 22 salariés de moins de 25 ans sont décédés sur leur lieu de travail en 2024 (Basta!, 2026).
Le coût économique : un signal fort
Pour la première fois en 2024, les indemnités journalières deviennent le premier poste de dépenses de la branche AT/MP, à 4,9 milliards d'euros (+10,8 % sur un an, soit 46 % des dépenses totales). Les prestations pour incapacité permanente atteignent 4,7 Md€ (Assurance Maladie, 2025).
En volume, les AT/MP représentent 78 millions de journées non travaillées, soit 334 000 équivalents temps plein perdus pour l'économie française (ergotech, 2026).
Ce que ces chiffres disent, et ce qu'ils ne disent pas
Le rapport 2024 confirme une tendance de fond : la prévention reste le maillon faible. Seulement 41 % des TPE/PME de moins de 10 salariés disposent d'un Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) formalisé, alors que c'est une obligation légale depuis 2001 (Prematech, 2026).
Le DUERP n'est pas un document administratif. C'est l'outil qui permet d'identifier les risques, de planifier les actions et, concrètement, de prévenir les événements qui peuvent coûter une vie. Et cette dimension "mise en situation" est précisément ce que la formation traditionnelle — PowerPoint, classe, e-learning passif — a le plus de mal à transmettre.
C'est là que les approches immersives prennent tout leur sens : permettre à un opérateur de vivre un scénario à risque avant de le rencontrer sur le terrain. Pas de remplacer la formation classique, mais la compléter là où elle échoue.
Sources